Dans la grande famille des dévoreurs de dénivelés, avec ses longs cheveux noirs et son éternel sourire, il fait partie du paysage. « Mes débuts remontent au Trail des Sangliers en 2009 à Pontarlier. J’ai terminé à la 45e place par la faute d’une préparation insuffisante et d’une mauvaise gestion de mes efforts. J’ai souffert également  de crampes avant la mi-parcours », se souvient Sangé Sherpa. Une première expérience un tantinet frustrante et douloureuse qui ne l’a pas empêché d’apprécier l’ambiance autour de l’événement et la solidarité entre participants. Sans doute faut-il chercher dans son enfance l’appétit manifesté aujourd’hui pour les courses à pied en pleine nature. A raison de 9 km accomplis matin et soir pour aller et revenir de l’école avant d’aider ses parents dans la ferme familiale, l’enfant du district de Taplejung dans l’est du Népal s’est forgé une « caisse » et un mental hors norme.

©D.R

La tête

Bons résultats au lycée aidant, Sangé, un temps guide de treck, a été repéré par l’Alliance Française de Katmandou qui lui a obtenu une bourse pour un stage linguistique au CLA où il a rencontré Laurence, la future mère de ses deux enfants. Peintre et musicien (flûte) à ses heures perdues, ce Bisontin d’adoption de 36 ans, par ailleurs trilingue (anglais, français, népali), occupe un poste de manutentionnaire aux Galeries Lafayette. « Mon employeur que je remercie ici m’accorde quelques facilités lorsque je pars courir au bout du monde ».

©D.R

Les jambes

La Guadeloupe, Hong Kong, Tokyo, la Réunion, les Canaries, Ténérife, la Martinique et, bien sûr, l’hexagone avec de grands classiques comme l’Ultra Trail du Mont Blanc (170 km), un Tour en Terre du Jura (110 km) ou le… Trail des Forts du Grand Besançon (47 km) : le papa de Diki et Loden n’en finit pas de courir et de gagner par tous les temps et sur tous les terrains. Et cela avec le fidèle soutien de la boutique Gab & Sport mais sans coach ni plan d’entraînement bien défini. « Je fais ça au feeling, précise-t-il. Les petits trails me servent à préparer les grands ».

©D.R

Le cœur

A des milliers de kilomètres de distance, Sangé Sherpa n’oublie pas sa famille et son Népal natal. A travers l’association Kanchenjunga qu’il a créée en 2011, il s’efforce de mobiliser un maximum de monde autour de la rénovation de l’école Jan Jyoti fréquentée dans sa jeunesse. Retardés et compliqués par le violent séisme enregistré sur place en avril 2015, les travaux se poursuivent néanmoins en priorité au niveau de la toiture du bâtiment qui abrite cinq classes sans électricité.