Le lieu est impressionnant, intriguant. Conçu pour abriter les rêves de Boris Gibé et surtout l’Absolu, la nouvelle création de sa compagnie Les Choses de Rien. Dans cette structure vertigineuse, 100 spectateurs vivront pendant chaque représentation une expérience physique, puissante, unique, poétique, réaliste et symbolique, à travers un angle d’observation inédit, promet l’auteur. Un appel à l’infini, à l’Absolu. Rencontre avec son concepteur et interprète, Boris Gibé.

Comment est né ce projet ?

Nous sommes venus ici l’an dernier pendant un mois, mais c’est un projet qui a 9 ans maintenant. J’avais déjà construit un chapiteau en forme de phare il y a 12 ans, et j’avais envie que les spectateurs soient au-dessus de la scène, au-dessus de la piste, dans un autre rapport de perception, d’inversion de plan, dans du voyeurisme, presque. Qu’ils soient observateurs de quelque chose. Pas dans un rapport de représentation, de « je vous montre quelque chose », mais qu’ils puissent zieuter dans l’intimité de quelqu’un, dans des choses plus intimes, plus mentales.

Avez-vous rencontré des contraintes ?

Créer au sol, c’est comme  si on était sur le mur du lointain au théâtre, on travaille sur la profondeur de champ. Il fallait que le regard du spectateur ne s’épuise pas. La piste fait 7 mètres de diamètre et devient comme un tube avec des escaliers tout autour, et c’est tout ce volume-là qu’on travaille, sur des agrès inventés ou de manière plastique avec des matières, des éléments, des tornades de fumées, des siphons de billes… Au départ j‘avais écrit un projet, qui était plus dans un pigeonnier, avec 300 couchettes, inspiré du Dépeupleur de Beckett. Pendant 5 ans j’ai essayé de trouver le bon compromis entre normes de sécurité, taille, diamètre, hauteur, que ça ne soit pas trop lourd, que ça tienne dans un camion…  Finalement je suis parti sur cette histoire d’infini, avec des escaliers qui s’enchevêtrent comme une double hélice, jusqu’à l’infini. C’est Léonard de Vinci qui a inventé ça. Les spectateurs s’installent sur les marches et participent en même temps à la scénographie.

Vous avez donc passé autant de temps à créer le lieu que le spectacle, non ?

J’ai branché deux architectes et un ingénieur structures qui suivent encore aujourd’hui le projet sur la scénographie, la direction technique. On a travaillé pendant 2 ans sur des prototypes, des plans, des maquettes. J’ai fait un emprunt sur 15 ans pour les matières premières et on a lancé un chantier participatif et on a construit ça, sur le lieu de la compagnie, où on a un atelier de construction, des espaces de répétition. Du coup on a fait pendant deux ans cette construction folle. On était une quinzaine tout le temps ! C’était énorme… dès qu’on rentrait de tournée on faisait un mois de chantier, plein de gens venaient nous aider… c’était joyeux, on a jamais eu d’essoufflement, on n’a jamais manqué de coups de main. C’était quelque chose de magnétique. On est ensuite rentré dans la phase de recherche technique, physique, scientifique sur des phénomènes physiques extraordinaires, comme des tornades de fumée. On a fait des tornades de feu, qui sortaient par le toit du silo. On a arrêté car cela révélait trop le mystère de l’architecture intérieure.

Le lieu vous a-t-il inspiré ?

Oh oui,  il a mis la barre très haut ! Nous devions faire quelque chose d’aussi magique que le lieu, sans le révéler trop vite. J’étais assez fans du réalisateur de film Andréi Tarkovski, sur un film où il raccorde tous ses films sur la question de l’absolu, ça m’avait vraiment bien secoué et il s’est produit quelque chose d’involontaire, et ça s’est écrit un peu comme ça tout seul. Du coup ça a reprécisé la forme du silo aussi dans ses contours, ses coulisses, ses systèmes de souffleries. Je suis parti sur des phénomènes physiques car je voulais que ce personnage que j’incarne soit tout le monde, soit l’inconscient de tout le monde, soit la part d’altérité de chacun…

Que va-t-on découvrir, à l’intérieur ?

La question du savoir est mise à l’écart pour aller vers une sorte d’harmonie, d’unité, vers les 4 éléments… je commence donc dans l’eau, puis je m’immole (rires), et je traverse la tornade en me jetant dans le vide. Pour la terre, je passe 10 minutes englué dans une espèce de boue… Comme pour me dépêtrer de ma propre condition. C’est très ludique, y’a pas de guerre d’intention, les gens sont juste bluffés par des choses plastiques, qui les renvoient à leurs rêves, leurs cauchemars, à des mythes, ou des souvenirs de mythes…

Dates, horaires et plus d’informations : http://les2scenes.fr/spectacles/absolu
Le site de la compagnie : http://www.leschosesderien.com/