4 questions à Daniel Picouly

 

Nous ne l’avions jamais vu, mais nous l’avons reconnu parmi 15 000
personnes. Daniel Picouly se tenait devant nous, un grand homme, tout sourire. En s’approchant, notre première impression était confirmée. Un air sûr de lui, habits sobres et chaussures rouges flashy qui reflètent bien sa personnalité : un homme sympathique qui ne se prend pas la tête, on aurait bien envie de boire un verre avec lui. Il a des dizaines de salons à son actif, et pourtant ça ne l’empêche pas de répondre aux questions des étudiants que nous sommes, tout en restant naturel et authentique. On lui découvre différentes facettes. L’homme cumule plusieurs cordes à son arc : animateur de télévision, scénariste de bande dessinée et écrivain. Focus.

 

Pourquoi êtes-vous revenu à cette nouvelle édition ?

 

Je ne vois même pas pourquoi je ne viendrais pas. Je viens depuis la première édition, les Bisontins ont la réputation d’être accueillants, c’est dingue mais c’est vrai ! On crée des liens avec nos lecteurs et certains reviennent nous voir chaque année. J’apprécie tout particulièrement échanger avec un jeune public qui suit les aventures des personnages de mes livres. Et puis, j’ai écrit ce nouveau roman qui me tient tout particulièrement à cœur et que je voulais faire partager.

 

Y’a-t-il un événement marquant qui vous a poussé à écrire « La victoire du Nègre » ?

 

J’ai la chance de faire ce qui me plaît et d’écrire sur des sujets qui me passionnent comme la boxe, ma famille, mes racines. C’est un job de rêve ! C’est pourquoi j’ai voulu faire honneur à tous ses sportifs de couleurs, en racontant l’histoire de Jack Johnson. C’est la première fois qu’un boxeur noir devient champion du monde. C’est aussi un personnage dans mon roman précédent « le cri Muet de l’Iguane », où je raconte que mon grand-père martiniquais a combattue contre le champion alias Jack Johnson.

 

Pourquoi un tel titre ?

 

Pour répondre à votre question, « La victoire du Nègre » n’est pas dû au hasard, c’est le titre du petit journal de l’époque, je l’ai chez moi, je l’ai trouvé dans une vente de vieux papiers. À l’époque, c’est comme ça qu’on parlait des noirs. Il faut accepter son histoire, bien la connaître et ne pas la rejeter. Je ne veux pas choquer avec le mot « nègre ». Il y a vingt ans, j’ai écrit un livre intitulé : « Tête de Nègre » et avant, personne ne me posait de question sur ce mot. Alors que s’est-il passé pour que ce mot devienne si controversé ? Pourquoi aurions-nous le droit de manger une religieuse et pas une tête-de-nègre ? Certaines personnes pensent que si nous faisons disparaître un mot, nous faisons disparaître la chose, ici le racisme, ce n’est pourtant pas le cas. Ce n’est que du négationnisme lexical.

 

Vous avez également écrit de nombreux livres pour enfants. Pourquoi ce changement de cible ?

 

Ça toujours été comme ça, la seule chose qui a changé c’est que j’ai eu une fille. Et je lui raconte des histoires. Un jour, celle-ci a perdu sa petite tortue, je lui ai dit de ne pas être triste car elle partait vivre d’autres aventures. Elle m’a alors demandé de lui raconter et voici 20 volumes de “Lulu Vroumette” depuis plus de 10 ans. Une autre anecdote : notre chat est parti. Alors, pour que l’on garde un souvenir de lui, j’ai écrit des livres sur lui, il vit de folles aventures et ne meurt jamais. Je suis un père comme tout le monde : si j’étais ébéniste je ferais à ma fille une table ou un beau bureau mais je suis écrivain, alors je lui raconte des histoires ! C’est un job qui te permet de transmettre une passion, c’est aussi simple que ça.

 

Anida Sales, Ismar Obradovac, Cassandre Figuereo, Justine Krattinger