En bon quadra sûr de ses influences, nourri de culture pop, rock et volontiers trash (on y écoute Joy Division et les chiens sont omnivores), Frédéric Arnoux convoque Fante et d’autres losers magnifiques sous acide dans Cowboy light, son premier roman. Ça ressemble à du James Frey ou à du Safranko, dans un style très clippé, très visuel. On pense à du Audiard soutenu par une BO d’Archie Bronson. On pense à des films, aussi, aux Démons de Jésus, à Dikkenek, au plus british Snatch ou au plus récent P’tit Quinquin. C’est direct, Arnoux se lâche, va au plus court, ne garde que les bons mots comme certains jazzmen ne gardent que les meilleures notes. En plus ça se passe chez nous, à Palente, dans les années 80. Une ville, ici ou ailleurs ? non, car l’auteur y a grandi. Ça sent « l’authentique », le vécu, à peine romancé, comme il le confirme ci-après. Rencontre.

Le héros de ton roman, c’est un peu toi ?

Bof, pas trop… le décor social, oui.

C’est Palente, les voisins, je m’en suis inspiré, mais sinon c’est pas du tout ma vie. Psychologiquement, en filigrane, le personnage, c’est moi peut-être… mais j’ai jamais vécu d’histoire d’amour avec une nana qui avait deux fois mon âge, j’ai jamais dealer de shit, les ferrailleurs du coin m’ont jamais tabassé… En fait j’avais un personnage en tête, avec sa tante.

C’est une scène qui m’est apparu, sans que je sache trop pourquoi ou comment. Elle lui met une grande tarte parce qu’elle a trouvé du shit au fond de ses poches. Après j’ai étoffé, et je me suis demandé où je pouvais bien le caser… et c’est du pain béni le quartier où j’ai grandi…

C’est vrai, ça sent le vécu !

Pour moi c’était la vie normale, et puis quand tu racontes aux gens, on m’a dit tu as tout inventé ! Mais non, pas du tout, les flics qui descendaient à cause des bastons, le vieux qui leur tirait dessus à la carabine, c’est vrai ! Mais si tu passais pas à ce moment-là, t’étais pas au courant… au contraire, je me suis censuré sur certains détails.

Le Portugais qui a les larmes aux yeux, c’est vrai. J’ai passé trois mois à l’usine à emballer des cartons en face de lui, le mec, il était en pleine dépression… je sais pas ce qu’il est devenu, mais lui je l’ai pas inventé !

Bébert aussi a existé, la famille nombreuse aussi…

Donc c’était important que ce premier roman se situe à Besançon ?

Pas à Besançon, c’est centré sur le quartier de Palente ! Pourquoi je ne me servirais pas de toutes ces anecdotes… c’était assez fort comme décor. Et original.

Je ne voulais pas seulement raconter cette vie de quartier, je voulais un déterminisme social dont le mec essaie d’échapper.

Il n’a pas de diplôme ni rien, il trouve une nana, riche, mais il a un cœur d’artichaut, il tombe amoureux… visiblement elle est amoureuse de lui aussi, mais à la fin, est-ce qu’elle va se remettre avec son mari ? on ne sait pas… ça reste en suspens, chacun imagine la suite qu’il veut…

Ça n’appelle pas une suite ?

Non, je pourrais plus écrire comme ça, mon écriture a changé. J’aurais du mal à retrouver ces blagues. Je ne pourrais plus faire ce genre d’humour. Admettons que sur un malentendu ça devienne un méga carton, bon, je retenterais l’exercice, mais je suis pas sûr d’y arriver… mon écriture est plus poétique… bon, ce que je suis en train d’écrire, ça reste toujours le même milieu, les mêmes univers assez glauques, mais c’est moins drôle, plus poétique, plus tendre… bon, c’est encore violent.

j’écris sur une petite vie de famille, huis clos, où le père tape la mère et les gosses essaient de se rapprocher…

Quand je dis poétique c’est que leur seul échappatoire c’est pour eux de s’inventer des mots… parce que ça c’est assez réaliste…

Revenons sur Cowboy light, pourquoi ce titre ?

Tu as vu, les vaches sont assez présentes, dans la combe… C’est l’histoire d’un cowboy… mais normalement, ce qu’on attend d’un cowboy, c’est plutôt d’être couillu comme Charles Bronson ou Yul Brunner ! Et lui, c’est tout l’inverse, il est light. C’est le loser sur toute la ligne.

Si on lit entre les lignes, c’est un mec qui n’est jamais à sa place. Il est dans une famille, mais c’est pas la sienne. Il se retrouve dealer, même ça il est nul. Il tombe amoureux d’une nana, il veut faire gigolo, mais encore raté…

Le mec, il plante tout. Certains aimeraient que la fin ça soit un feu d’artifice crescendo de sentiments… mais c’est pas possible, ça ne peut que finir mal, enfin pas bien, quoi !

Tu lisais quoi, en l’écrivant ?

Je me suis surtout replongé dans les années 80. Et ce qui a influencé l’écriture de ce roman, c’est des gens comme Céline, ou « Demande à la poussière » de John Fante, et toute une collection aux éditions de l’Olivier, d’écrivains noirs du ghetto des années 20 à 60, hyper crus et violents, comme Iceberg Slim (« Pimp »), qui raconte comment il rendait accrocs ses putes à l’héroïne pour qu’elles continuent… c’était un enfoiré, mais ce qu’il écrivait était génial, notamment ce bouquin, Mama black widow, sur son enfance… j’ai pleuré deux fois : « la vie devant soi » de Romain Gary, et celui-là, tellement c’est triste et glauque mais bien écrit. Il y a aussi les 3 premiers bouquins de Chuck Palahniuk. « Fight Club », un pur chef d’œuvre. D’ailleurs depuis que j’ai lu le bouquin j’aime plus le film, alors que je l’adorais !

Et nouveau musique ?

C’était très marqué années 80, aussi. Les Cure, Iggy Pop dans sa période défonce… maintenant les références sont beaucoup moins destroy. Ou alors c’est du rap bling-bling… le rock et la pop aujourd’hui sont beaucoup moins destroy aussi… à l’époque, c’était plus glauque, ils tombaient tous comme des mouches à cause de l’héroïne, le club des 27, les Stones Roses, c’était quand même la galerie des allumés ! Je me souviens de concerts au Lux, c’était hallucinant !

 

Cowboy light (éditions Buchet Chastel) – www.buchetchastel.fr