Avec sa programmation plutôt pointue, le Festival GéNéRiQ est un laboratoire musical où bidouille notamment le gars qui concocte l’affiche des Eurocks. Autant dire que l’événement est attendu du côté des amoureux de musiques actuelles (au sens trèèèès large du terme). Du 7 au 11 février, une vingtaine d’artistes seront à Besançon (le festival se déroule dans six villes). La programmation complète, c’est par là. Notre sélection bisontine, en commençant le premier jour, c’est juste ici.

Eddy de Pretto (rap conscient vs chanson belgo-toulousaine)

Une gueule de personnage qu’on voit au second plan d’un tableau de Bruegel, un grand écart musical entre Kanye West, Nougaro et Brel, c’est Eddy de Pretto. Sur scène, il envoie ses instrus à l’Iphone. Easy. Avec lui, la nuit, la vie, ça sonne pas pareil.

Au FJT Les Oiseaux, mercredi 7 février

Dan Rico (pop punk romantique)

On peut être romantique et ronger sa musique jusqu’à l’os pour la débarrasser de tout artifice rococo. Avec Dan Rico, on se retrouve dans un bar ricain à descendre des bières qui présentent pas d’autre intérêt que d’être fraîches. Et quitte à fixer la porte en attendant que l’amour fasse un tour, autant le faire avec un fond sonore entre Elvis et les Undertones.

Au Bar de l’U, jeudi 8 février

Biffty & Dj Weedim (hip hop rillettes & beurre)

Des gars qui font passer Svinkels pour du Ronsard / et qui envoient du gros beat comme Kendrick Lamar (alexandrins de rue, t’as vu)… Avec des collègues comme Vald ou Alkpote, c’est peu dire que Biffty & Dj Weedim récurent leur quotidien à l’acide trapée. C’est cru et ça devrait plaire aux jeunes gens. Pour les moins jeunes gens, on signale que Biffty est le fils de Gondrax qui a été gratteux chez Raymonde et les Blancs Becs ou bassiste intérimaire chez Ludwig von 88.

A La Rodia, jeudi 8 février

Snapped Ankles (punk à lichen)

Quand on vous dit que GéNéRiQ est un laboratoire musical, c’est bien pour le genre d’expérience qu’offrent des groupes comme Snapped Ankles. Vous ne verrez pas ça ailleurs (ou alors à un vernissage au Musée du Quai Branly – Jacques Chirac). Ces Londoniens débarquent sur scène couverts de lichen et de peaux de bêtes pour envoyer une transe afro-math-post-punk. Plutôt que le poids des mots, voyez le choc de la vidéo. Leur clip à la saucisse est aussi un must see conceptuel comme on en voit trop rarement (en tout cas, dans le Bas-Doubs).

Aux Passagers du Zinc, le jeudi 8 février

Les Deuxluxes (faster rockabilly kill kill)

De la gratte et de la batterie. Du brut à la White Stripes qui rencontre le brushing blues de Dolly Parton. Un rock épileptique qui collerait aux images de Russ Meyer. Les Deuxluxes, c’est le désert californien rentré à coup de santiags dans l’espace intimiste des Bains Douches.

Aux Bains Douches, donc, le vendredi 9 février

Knives (rap rock pas content)

Fusion à tous les étages. La voix oscille entre le flow d’Eminem, les aigus emo de Chino et la rage contre la machine de Zach de la Rocha. Pour expliquer à quel point les gratteux sont des avions de chasse, sache, cher(e) internaute, qu’ils tournent avec une certaine Lady Gaga. Le batteur est une pieuvre bookée par la même Lady G, mais aussi Kanye West, Justin Timberlake ou Lauryn Hill… Bref, rien que pour voir ces habitués des stades US passer à l’Antonnoir, ça vaudrait le coup. Mais ce serait sans compter sur leur hip hop à très grosses grattes. Les autres prophètes de la rage, en quelque sorte.

A l’Antonnoir, donc, le vendredi 9 février

Lumière ! (ciné-concert à partir de 3 ans et plus si affinités)

Il n’y a pas d’âge pour être séduit par une synthwave sucrée mêlée à des boucles délicates à la Tiersen. Seule sur scène, Ellie James accompagne quatre courts-métrages à la voix, au clavier ou à l’harmonium. Idéal pour permettre aux mômes de s’initier à la pop et à la musique répétitive, dès 3 ans. Idéal aussi pour rencontrer une maman ou un papa célibataire (rayer la mention inutile).

A La Rodia, samedi 10

L’Impératrice (pop tropicale)

T’es né(e) « late seventies » et tu te souviens des musiques de pub avec monokinis échancrés ? T’es né(e) plus tard, mais t’as guinché sur le revival des riffs à la Nile Rodgers ? Cherche plus, tu sais à quoi t’attendre avec les soirées de L’Impératrice. De l’italo-disco en plus versaillais, quoi.

A La Rodia, samedi 10

Tricky (trip hop en retour de karma)

La grosse reusta du festival, côté bisontin. Tricky, c’est la voix du morceau officiel de tous les chill-outs des soirées mid-nineties. D’ailleurs, bonne nouvelle : le bad boy de Bristol – qui, ces dernières années, « faisait plus dans le trip que dans le hop », comme dirait un oncle entre la poire et le dessert –, se serait un peu chillé. Il revient avec Ununiform, son treizième album. Le premier extrait était languide comme un coup de cutter à la carotide.

A La Rodia, samedi 10

Concrete Knives (happy pop made in Normandie)

La première fois qu’on les a vus, c’était aux Passagers du Zinc, en juillet 2011. La dernière fois, c’était à Rock en Seine en août 2011 (l’année où on avait pris de gros coups de thuyas devant Sexy Sushi). Bref, ça a duré le temps d’un flirt d’été. Après quoi, on les a perdus de vue. On imagine que les couteaux venus de la west coast (Flers Agglo dans le 61) délivrent toujours une pop ensoleillée. Celle qui donne des joues rouges aux filles et de l’amour aux gars, comme dit la chanson.

A La Rodia, samedi 10

Jean-Michel Blais (pianiste classique, début xxie siècle)

Bon, on vous a déjà fait le coup des boucles délicates à la Tiersen. Mais on le répète ici, histoire que vous voyiez l’esprit du Jean-Michel. Pour aller plus loin, on pourrait convoquer les boucles délicates de Satie, Chopin ou Nils Frahm. En deux mots, des pièces de piano ambitieuses et accessibles, comme seuls les virtuoses savent en proposer. On ajoute que dans le public, vous êtes pas à l’abri de voir des barbus à casquette ressemblant au gars derrière Macron sur la scène du Louvre. On met pas le lien, parce que vous voyez très bien de qui on veut parler.

A l’Auditorium du Conservatoire, samedi 10