A raison de cinq ou six par jour, sa consommation quotidienne de lames de cutter dépasse l’entendement. L’artiste bisontin Aurel Rubbish est la référence française en matière de « paper cut », papier découpé. Un travail aussi précis et délicat que celui d’un orfèvre.

Sur sa main s’est posée une mouche tatouée, tandis que sur l’autre s’épanouissent deux roses et que son cou arbore une mystérieuse clé… Aurel Rubbish a le symbolisme chevillé au corps. Ses œuvres en papier découpé –paper cut- en sont le reflet. Des crânes, des mains, des yeux et des visages de femmes finement ciselés, coiffés de délicates dentelles organiques : roses, pivoines, mouches, ailes de papillon… « Les symboles que j’utilise sont tellement nombreux que je me suis fait un petit lexique pour me souvenir de toutes les significations ! », sourit Aurel, dont l’univers s’inspire aussi de l’Art nouveau, de l’Art déco et des vanités, qui ont d’ailleurs donné leur nom à la série « Vanities ».

©D.R.

« La matrice doit devenir l’œuvre »

Le Bisontin a été le premier en France à coller des papiers découpés dans la rue. Tout jeune, il débute par du pochoir à Besançon, « plus pratique et plus rapide que le graffiti ». C’est une rencontre avec un collectionneur bisontin en 2011 qui donne une autre tournure à son travail.  « J’exposais mes pochoirs à l’ancienne librairie Camponovo. Un collectionneur en a acheté un et l’a encadré. En voyant le résultat, je me suis dit “ en fait, la matrice doit devenir l’œuvre” ». Pendant des centaines d’heures, avec patience et précision, Aurel Rubbish dessine, découpe, peint, dore à la feuille d’or et colle. Ses graciles et poétiques broderies, reconnaissables entre mille, ont vite tapé dans l’œil du Cabinet d’amateur à Paris. Aurel Rubbish, expose désormais à la galerie Speerstra et Mathgoth. En mai et juin, il dévoilera dans la capitale de nouveaux découpages, totalement blancs, par opposition aux précédents, noirs. « Côté technique, je fais l’inverse de ce que je faisais : je coupe et je recolle ce que j’ai ôté sur plusieurs couches pour donner du relief ». Des coiffures féminines anciennes et des éléments d’architecture gothique se mêleront aux végétaux, motifs fétiches de celui qui, lycéen, se destinait à devenir… garde-forestier.