Bisontin, né en 1970, David Barth est en passe de créer la sensation dans le monde de la photo avec un boîtier numérique, conçu et fabriqué dans sa ville natale. C’est tout simplement une première en France, depuis 40 ans ! Gros plan sur un entrepreneur habitué aux défis technologiques…

Un appareil photo numérique sans écran ? C’est le pari audacieux de David Barth, un ingénieur pour qui l’innovation ne fait sens que si elle répond aux besoins de l’utilisateur final. Cette vision, il l’a acquise au fil d’une belle carrière dans l’informatique, entamée au début des années 1990. « J’ai suivi un double cursus en économie et informatique à l’Université de Franche-Comté, évoque-t-il. Les deux matières me suivront toute ma vie avec un pied dans la technologie, l’autre dans le commercial. »

« Sans valeurs, la technologie ne sert à rien »

Tout commence avec Internet, que David découvre à la fac, alors qu’il n’existe pas encore de navigateur. Le jeune homme mesure rapidement les possibilités offertes par cette nouvelle technologie. « Je travaille alors avec Didier Sikkink et nous sommes les premiers à proposer un accès web, via une liaison satellite, en France, se souvient-il. » En 1995, David s’expatrie au Canada pour travailler dans la cybersécurité. Il en revient, quatre ans plus tard, pour entamer une thèse à l’Ecole polytechnique fédérale de Lausanne. Le doctorant y reste six mois avant qu’une société parisienne – spécialisée dans les logiciels open source – vienne le recruter.

2001, la bulle internet explose. « Je prends alors conscience que sans valeurs, la technologie ne sert à rien, explique David. Je suis ensuite embauché par l’éditeur du Linux français (un système d’exploitation) pour prendre les commandes d’une équipe technique de 100 personnes et d’un réseau de distributeurs. Pas mal pour un petit Bisontin (sourire) ! »

Recruté par un astronaute

En 2008, le « petit Bisontin »fait un passage chez LaCie, fabricant de disques durs design. « Là-bas, je reviens à l’idée de beaux objets, dans laquelle j’ai baigné toute mon enfance, indique-t-il. Mon père avait ouvert la Galerie contemporaine, rue des Granges, dans les années 1960. Je suis chez LaCie depuis trois mois quand Mark Shuttleworth m’approche pour développer le projet Ubuntu, un système Linux. Ce milliardaire sud-africain est un croisement d’Elon Musk et de Steve Jobs. Il a aussi été astronaute. C’est le genre d’opportunité qui ne se présente qu’une fois dans une vie. Je fonce. »

David travaille sur Ubuntu pendant neuf ans entre Paris, Londres et les Etats-Unis, dont cinq ans en lien direct avec son patron. « Mark m’explique que c’est là un record et m’accorde le droit d’explorer d’autres projets, évoque-t-il. C’est alors que germe l’idée de Pixii. »

Se libérer de la tyrannie de l’écran

A l’aube des années 2010, David s’est en effet passionné pour la photo. « Je suis de la génération ayant commencé avec le numérique, se remémore-t-il. J’ai découvert le plaisir de l’argentique, en démontant un boîtier Leica de 1932. Ensuite, j’ai ouvert tous les appareils qui me tombaient sous la main. En parallèle, à force de faire des photos, je me libère de la tyrannie de l’écran numérique. Avec le viseur, l’instinct reprend le dessus sur la technologie. De leur côté, les fabricants s’évertuent à mettre des écrans de smartphone dans leurs appareils. Or, le meilleur écran sera toujours celui dans la poche des gens. Je me dis alors qu’il serait plus judicieux de favoriser les communications entre ces deux technologies. »

David se dit surtout que les grands fabricants finiront par créer cet appareil qui concilie plaisir de la prise de vue et partage sur les réseaux sociaux. « J’attends, mais ne vois rien venir, se souvient-il. Comme souvent, les entreprises leaders peinent à repenser leurs solutions et je me dis que c’est à moi d’y aller. L’idée est de fabriquer un appareil sans l’écran qui est un facteur d’obsolescence. Une fois la photo prise, elle est transmise automatiquement vers le smartphone, en Wi-Fi ou Bluetooth. »

Dans les pas de LIP

Loin d’effrayer David, le fait qu’il n’y ait plus d’appareils photo fabriqués en France, depuis 40 ans, est une source de motivation supplémentaire. « En 2013, je vis à Paris, mais j’ai conscience que l’écosystème industriel permettant de concrétiser mon projet se trouve à Besançon, évoque-t-il. Ici, il y a un laboratoire d’optique réputé et le savoir-faire en microtechniques. Après une année d’allers-retours depuis Paris, je reviens à Besançon. Très vite, avec mon équipe d’ingénieurs – issus de l’ENSMM et de l’UTBM –, on est à l’étroit dans nos bureaux de l’incubateur de TEMIS. On finit par s’installer dans l’immeuble où LIP a inventé la première montre électrique au monde. Pour innover, autant le faire en se mettant dans les pas des grands anciens (sourire). »

David et son équipe consacrent trois ans à la mise au point des différents éléments de leur appareil, en partant d’une page blanche : les composants mécaniques, le viseur télémétrique, l’électronique, le logiciel, sans oublier le design… Les premiers tests sont lancés avec des photographes professionnels, en 2018.

Buzz mondial et production en 2019

La concrétisation de cette phase de conception marque le début d’un autre parcours du combattant : la levée de fonds. L’objectif pour Pixii est de se doter de l’assise financière lui permettant d’assurer la transition vers la production. « On est fin 2018 et tout se passe bien, évoque David : on est soutenu financièrement par la Région, Bpifrance, le réseau BFC Angels et une banque régionale. Mais les rouages bancaires se grippent temporairement, mettant en péril tout notre travail. Ce contretemps nous aura fait perdre plus de six mois sur notre plan de marche prévisionnel. »

Heureusement, toujours fin 2018, tout va pour le mieux au niveau commercial : l’annonce par les médias de la future mise sur le marché de l’innovation de Pixii fait un buzz planétaire au sein du monde de la photo. « Cet écho favorable prouve que notre appareil répond à une attente de passionnés, sourit David. L’année 2019 marquera l’entrée en production avec un objectif initial de quelques centaines de pièces fabriquées. Des distributeurs du monde entier nous ont déjà contactés pour mettre notre appareil sur leurs étagères… »