Bien loin des clichés qui collent à la peau du logement pour séniors – Ehpad, foyers logements, résidences médicalisées – Régis Aubry, chef du pôle autonomie-handicap au CHRU de Besançon mais aussi président de la plateforme collaborative nationale d’actions coordonnées de recherche sur la fin de vie, réfléchit à d’autres formes de domiciliation.

Pourquoi vous être penché sur le logement de nos seniors ?

En raison de mon métier et de mes engagements *, toute ma carrière a été marquée par cette interrogation autour des personnes vulnérabilisées, leur place dans la vie et la société. Le constat : qu’est-ce qui fait qu’un grand nombre de personnes âgées se retrouvent contraintes de quitter leur domicile et de se retrouver en Ehpad ? 80 % d’entre elles ne le souhaitent pas. Il y a là quelque chose de paradoxal : être dans un endroit que l’on n’a pas choisi… et payer pour ça. Et puis, quel sens y-a-t-il à concentrer des personnes âgées entre elles ? Est-ce que cela produit un effet positif ? Pas forcément. C’est le vrai problème de la question du lieu de vie.

Quelles sont les pistes pour cet habitat du futur ?

La maison de demain devrait être un choix, que l’on veuille rester à son domicile, aller dans un Ehpad, une colocation ou une maison solidaire, sauf si obligation d’hospitalisation. Nous avons travaillé à des propositions (l’avis 128 du CCNE*) qui devraient aboutir, dans le cadre du Plan Grand Age. Par exemple à l’Ehpad hors les murs : une architecture conçue avec de la domotique et des logements insérés dans un immeuble. Ce sont les professionnels de santé qui se déplaceraient auprès des personnes âgées. Nous avons fait une quinzaine de propositions. Notamment que les personnes qui accompagnent soient aidées, puissent développer des compétences et que ce ne soit pas du bénévolat.

Est-ce possible à l’échelle locale ?

Oui, nous allons tenter à Besançon une expérimentation solidaire en 2020 ou 2021, c’est en cours, en lien avec la Ville, le Grand Besançon Métropole, le pôle gérontologique et d’innovation. Une dizaine d’appartements connectés pourraient ainsi être créés, couplés à une dynamique intergénérationnelle. C’est par exemple quelqu’un qui vient dormir chez une personne âgée de proximité, une autre qui l’emmène en courses, contribuant à lutter contre son isolement. N’oublions pas qu’une personne âgée qui continue à faire des choix est une personne qui a de l’avenir.

*Régis Aubry est actuellement directeur de l’espace de réflexion éthique interrégional Bourgogne Franche-Comté – Membre du Comité consultatif national d’éthique (CCNE), chargé de l’organisation des états généraux de la bioéthique – Président du comité d’éthique de la Fédération hospitalière de France – Responsable de l’axe II (développement recherche et formation) du Plan national 2016-2019 pour le développement des soins palliatifs et l’accompagnement en fin de vie.