Commerces solidaires, se serrer les coudes

S’unir pour survivre, se serrer les coudes pour ne pas avoir trop à se serrer la ceinture, s’inventer des complémentarités… ils sont nombreux, les commerçants, à ne s’être pas laissés abattre, à avoir imaginé des alternatives simples, inédites, solidaires, judicieuses, qui risquent fort de faire des émules. Sortir des modes traditionnels de travail pour s’en sortir, adaptation temporaire ou vraie mutation?


Du virtuel au concret

Concours de circonstances, échange de bons procédés ou rencontre porteuse de sens et d’affaires, entre la boutique de déco L’air de rien et l’agence Laforêt, rue des Granges, ça a matché ! Le directeur de l’agence immobilière Laurent Caburet cherchait une suspension pour ses locaux. Comme nous sommes très présents sur les réseaux sociaux et qu’il nous suit sur facebook, il a consulté nos vidéos en ligne et nous a acheté l’objet repéré. Il nous a alors proposé de filmer la boutique à 360° avec sa caméra 3D, qui lui sert habituellement à réaliser des visites virtuelles pour ses clients, racontent les gérants Pascal Arnoud et son épouse Valérie.

Aussitôt postée, la vidéo a généré un regain d’interactivité avec nos clients, nos followers et même avec une clientèle nouvelle. Grâce au click and collect, nous avons réussi à faire des ventes, y compris par commandes via internet et l’envoi de colis cadeaux. Passer de l’isolement à l’entraide, du virtuel au concret, ça a été, enfin, une solide raison de ne pas céder au découragement !

  • Retrouvez l’agence Laforêt Immobilier au 97 rue des Granges (03 81 83 58 58) mais aussi sur son site internet sur Facebook

Un restaurateur qui fait d’un fournisseur son ambassadeur

A Saint Vit, les restaurateurs Elodie et Thibaud Etienne, propriétaires du Prélude, ont comme tous les gens de la profession, très mal vécu le premier confinement. Le système de l’emporté a généré peu de chiffre. Pour le second confinement, nous avons tiré les enseignements du premier. Nous avons maintenu l’emporté mais sous d’autres modalités : au lieu de menus, nous proposons une carte de hors d’œuvre, plats et desserts traditionnels en libre composition, ainsi que de la street food et de la petits épicerie fine.

Certes nous avons augmenté nos prix mais les portions sont beaucoup plus copieuses, avec un niveau de qualité gastronomique strictement identique à celui servi en salle. Nous avons aussi lancé un service de livraison à domicile. Cette « stratégie » permet des rentrées correctes mais insuffisantes. Nous avons également noué un partenariat avec l’un de nos fournisseurs, la ferme du Creuseret à Boismurie, tenue par les Scotto père et fils. Spécialisée en maraîchage biodynamique, l’AMAP qui fournit aussi le chef Fassenet, assure un mailing pour relayer et diffuser l’offre de notre restaurant, un peu comme un ambassadeur, et cela aide sensiblement.


Le Saint-Cerf et Terres de Vins, l’entente sincère

Au centre ville, deux chefs d’entreprise, le restaurateur du Saint-Cerf et le gérant de Terres de vin, ont eu l’idée de s’entendre, comme s’entendent à merveille la gastronomie et l’œnologie. Xavier Choulet et sa compagne, Ségolène Demoly, ont dès le premier confinement, en avril, réagit très vite en proposant un menu unique (entrée, plat, dessert), différent chaque semaine, publié en ligne tous les lundis matins. Rebaptisé « Pique-nique urbain », le menu est à précommander (par mail uniquement), et à retirer les jeudis, vendredis et samedis, entre 17h30 et 19h. Charles Daudet (descendant de l’écrivain) vient, un peu comme un sommelier, lors des temps de retrait, parler de ses vins à nos clients et présenter pour chaque menu sa sélection de 5 ou 6 vins assortis aux plats. Alors certes, on perd de l’argent mais la fidélité de la clientèle nous a beaucoup soutenus. Le partenariat avec Charles nous a garanti à tous deux un niveau d’activité plutôt satisfaisant. Nous avons aussi joué l’originalité avec par exemple, notre menu hommage au Président Valéry Giscard D’Estaing, inspiré de celui que lui a servi Paul Bocuse en 1975 à l’Elysée. Cela nous a valu d’attirer une clientèle nouvelle. Bref, on a ensemble réussi à tenir bon.


Coup de pouce entre voisins

Pendant le confinement du printemps, la boulangerie des Carmes a proposé à la librairie Les Sandales d’Empédocle de lui servir de dépôt libre. Idée acceptée bien volontiers, tout de suite, car en tant que commerce dit « essentiel », la boulangerie pouvait, elle, rester ouverte, et présenter des plages horaires plus larges que nous qui fonctionnions tant bien que mal grâce au click and collect, se souvient Jean-François Trehant, gérant de la librairie depuis 2 ans, avec l’auteur Arnaud Friedmann. Les gens pouvaient aller y retirer leurs commandes de livres et du même coup faire leurs achats en pains et pâtisseries. Si la démarche nous a semblé très sympathique, chaque entreprise y a en plus trouvé son intérêt.

Pour le second confinement, nous n’avons pas renouvelé ce partenariat informel parce que nous avons élargi nos tranches horaires pour les retraits de commandes. Nous les avons délivrées sur le pas-de-porte ou livrées. Nous avons également travaillé avec Teekers. Ce site local regroupe des commerces de proximité adhérents et constitue une alternative aux grandes plateformes internationales. Cette opportunité nous a plu pour ses valeurs éthiques. En temps normal, la livraison via Teekers est à 4.95€, dans un rayon de 30km autour de Besançon. Pendant les confinements, ces frais ont été gracieusement offerts. Encore un bon coup de pouce !

  • Retrouvez la Boulangerie des Carmes au 88 Grande Rue (03 81 81 00 85 ) et sur www.teekers.fr