Rachid Bekhaled réalisateur engagé !

Il a tiré de son vécu un premier court-métrage baptisé « Rue Brulard » en 2001 à tout juste 20 ans. Une œuvre avec pour toile de fond le quartier des 408 et sa vétusté. C’est cette fois à Planoise que Rachid a posé sa caméra avec ses amis et le producteur Dominique Besnehard afin de mettre en image son dernier projet : « Ali casse les prix ! ». Présentation. 

Quel est votre parcours ?

Je suis né à Besançon dans le quartier des 408. Je n’étais pas spécialement destiné à faire des films. Mais en 2001 on a répondu à un appel à projet avec des copains et après une formation accélérée dans un organisme spécialisé, j’ai réalisé « RB rue Brulard » mon premier court métrage.

Quelle était l’histoire ?

Elle était presque secondaire. Ce qui m’intéressait surtout c’était de montrer la réalité de notre quartier tel qu’il était. L’histoire racontait la vie d’un jeune de quartier qui n’est pas loin de mal tourner. Il est sur un fil. Doit-il travailler et gagner honnêtement sa vie ou bien basculer du côté obscure ? Et il se rend compte qui lui arrive de belles choses grâce au travail alors que les trafics lui pourrissent la vie…

Le film a reçu un bon accueil…

Nous avions cette envie de valoriser ce court-métrage en invitant des habitants du quartier à le découvrir mais aussi les pouvoirs politiques et les élus locaux. Nous avions organisé une grande projection et il y a eu une prise de conscience des pouvoirs publics. Il a agi comme un révélateur et c’est ce que nous recherchions. Des financements ont ensuite été dégagés pour améliorer le quartier. Le voir disparaitre aujourd’hui petit à petit me fait un pincement au cœur.

Vous êtes resté dans cette sensibilité. Mettre en lumière des problématiques souvent méconnu à l’extérieur des quartiers ?

Oui, j’ai poursuivi ce travail avec d’autres quartiers de Besançon. En tout, j’ai réalisé 8 courts-métrages avec des jeunes de quartiers mais toujours avec cette idée de mettre un coup de projecteur sur le quartier et ses habitants. Donner le micro à des gens à qui on ne donne pas souvent la parole avec derrière un message sous-jacent positif. Et chaque fois que j’y parviens c’est une mission accomplie.

C’est aussi le thème central du projet de long métrage que vous développez ?

Oui, je viens de terminer un court-métrage qui s’intitule : « Ali casse les prix ! ». Une adaptation d’un roman de Gilles Bornais. On a travaillé dessus à huit mains avec Stéphane Gateau, David Heraud et Samir Zegaï. Et nous travaillons désormais à une version long métrage. Dominique Besnehard notre producteur est fortement mobilisé sur ce projet qui lui tient à cœur.

Comment se lie-t-on d’amitié avec Dominique Besnehard, l’un des agents de comédien les plus connus de France quand on vient des 408 à Besançon ?

On dit que la chance sourit aux audacieux. Et j’y crois. J’étais à Cannes avec mon ami David. On essayait de s’incruster dans des soirées lors du Festival. Et au détour d’une rue j’ai aperçu Dominique Besnehard. On l’a abordé et l’échange s’est fait naturellement. On l’a aidé à trouver un billet de train pour Paris en urgence et pour nous remercier il nous a laissé son numéro de téléphone en nous promettant de le rappeler. Ce qu’on a fait. On s’est revu, on a échangé sur nos projets de scénario. Ca n’a pas fait mouche tout de suite mais il faut remettre le métier sur l’ouvrage.

Une persévérance qui paye avec ce beau projet ?

Oui, ça se concrétise. Et il y a quelques années Dominique a acheté les droits du roman « Ali casse les prix » de Gilles Bornais. Il me l’a envoyé et m’a demandé de le lire et de lui faire part de mon avis. Je l’ai rapidement rappelé pour lui dire que je ne comprenais pas pourquoi ce livre n’avait pas encore été adapté au cinéma. C’était une évidence ! Une histoire contemporaine, magnifique, bouleversante, dans l’air du temps. Je me suis immédiatement projeté. Et depuis deux ans on a travaillé le scénario d’arrachepied à quatre. Nous sommes proches d’aboutir.

Quel est le synopsis ?

C’est l’histoire d’Ali un épicier en difficulté installé dans un quartier sensible. Il est un modèle d’intégration. Mais il va se retrouver malgré lui dans une tourmente sociale et politique. Son fils Karim devient subitement incontrôlable. Il se retrouve pris dans une toile d’araignée avec le meilleur ami d’Ali un prêcheur obscurantiste. C’est un drame social sur fond de radicalisation.

Vous vous inspirez du réél ?

Oui. Des mamans qui ont vu leur fils se radicaliser nous ont livré des anecdotes sur les réflexions qu’ils faisaient, sur leur changement d’attitude, d’humeur etc… Des choses qu’on ne soupçonne pas et qui transpireront dans le film.

Vous avez tourné à Planoise ?

Oui, l’idée originale était de tourner aux 408 mais le quartier étant en train de disparaitre nous nous sommes orientés vers Planoise. D’ailleurs le long métrage y sera tourné aussi. Nous avons reçu un accueil vraiment chaleureux des habitants. Lors d’une des scènes de l’accident du scooter T-Max sur un rond-point, nous avions des dizaines de personnes autour de nous intriguées jusque tard dans la nuit. Et les médias étaient là, ils sont restés avec nous. C’était super. Ça fait parler de Planoise pour des projets positifs et ça montre que ce quartier est aussi une scène de cinéma. Je tiens d’ailleurs à remercier nos financeurs et notamment le Collège Diderot. Nous avons travaillé en étroite collaboration avec eux et les élèves du collège sur ce tournage. Un beau projet pédagogique de 9 mois qui a été apprécié par tout le monde je pense et qui pourrait se perpétuer dans les années à venir avec pourquoi pas un mini festival de cinéma dans les quartiers à Besançon. 

Quelle est la prochaine étape ?

La recherche de financement se poursuit avec notre producteur. Nous serons notamment au Festival du cinéma d’Angoulême pour présenter le teaser du film avec l’acteur principal Medhi Nebbou. Le teaser a d’ailleurs été choisi pour passer en avant-première d’une comédie qui sort sur grand écran au mois de septembre au niveau national. On sait aussi que Netflix serait intéressé pour acheter les droits une fois le film achevé.

On peut donc faire du cinéma en partant de Besançon ?

Besançon a toujours résonné en moi comme la ville de la chance, la ville des possibles. C’est de là que je suis parti, que j’ai pu mener mes projets et y revenir avec celui-ci. La réussite ça se provoque mais il faut quand même une part de chance, une bonne étoile au moment opportun. Mais tout est possible. Et c’est un message que je voudrais donner aux plus jeunes : Osez !

Et peut-être un jour aller au Festival de Cannes mais par la grande porte cette fois ?

Espérons (rire) ! Fouler le même tapis rouge que Brian De Palma ou Martin Scorcèse qui sont des réalisateurs que j’admire serait un rêve pour moi. Je travaille pour et ce film serait un formidable tremplin pour ma carrière de réalisateur. Alors j’y crois et on se donne les moyens pour concrétiser tout ça.

Pour écrire à Rachid Bekhaled : decarache@outlook.fr


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