Rodolphe Boudot, horloger « atomique »

Originaire du Jura, Rodolphe Boudot est arrivé à Besançon en 1998 pour ses études et n’en est plus reparti, exception faite de 2 ans à Paris et de 16 mois aux États-Unis pour ses recherches. Docteur de l’Université de Franche-Comté en 2006, il a rejoint en 2008 le laboratoire FEMTO-ST en tant que chercheur CNRS au sein du département temps-fréquences. Il a reçu le prestigieux prix international EFTF* pour ses travaux sur les horloges atomiques.

En quoi consiste votre métier ?

Mes collègues et moi travaillons à la conception d’horloges atomiques compactes et miniatures, une thématique passionnante car interdisciplinaire, impliquant un large spectre de compétences : physique quantique, optique, électronique, microfabrication… Nos horloges ont vocation à être déployées hors laboratoire, dans des systèmes civils et industriels. Notre but est le développement d’horloges atomiques très petites, consommant peu et assurant une excellente stabilité de fréquence, pour des applications mobiles et embarquées. L’avancée des connaissances participe ainsi à la dynamique socio-économique.

Quelle est la nature de vos recherches ?

Pour dire simple, le principe d’une horloge atomique consiste à discipliner la fréquence d’un oscillateur local sur la fréquence « naturelle » d’atomes. Les meilleures horloges atomiques de laboratoire sont aujourd’hui des instruments d’une précision inégalée et au cœur de l’établissement du temps universel coordonné (UTC). Elles jouent et joueront un rôle crucial pour tester la relativité générale, détecter des ondes gravitationnelles ou chercher la signature de la matière noire dans l’Univers. En raison de leur complexité, on ne trouve de telles horloges que dans un nombre très réduit de laboratoires dans le monde.

Pourquoi mesurer le temps à ce degré de précision ?

La mesure précise du temps est centrale dans une multitude d’applications civiles, industrielles et stratégiques. Les systèmes de navigation, type GPS, que nous utilisons tous au quotidien, reposent sur une mesure de temps, celui de la propagation d’une onde électromagnétique entre un satellite et le récepteur. Une erreur d’1 microseconde (1 millionième de seconde) sur l’estimation de ce temps de propagation induit un décalage de positionnement de 300 mètres à l’arrivée. Déjà inconcevable en voiture, ça l’est moins encore pour la navigation autonome d’un drone ou l’assistance à l’atterrissage d’un avion ! Des horloges ultra-stables sont de même essentielles dans de nombreuses autres applications comme la sécurisation de télécommunications, les missions scientifiques ou encore la sismologie par exemple.

Que récompense le prix EFTF* ?

L’ensemble des travaux novateurs et des contributions au développement d’horloges atomiques miniatures ou compactes haute performance ! Autrement dit, des années de recherche menées par une équipe motivée et soudée au sein de laquelle chacun apporte sa contribution essentielle à l’édifice.

Votre relation à Besançon et son environnement ?

Le cadre sain de Besançon et ses environs est pour moi un moyen de me ressourcer. J’y apprécie en particulier le relief « bosselé » pour la pratique du cyclisme, la course à pied en pleine nature et le ski de fond en hiver. Je me sens tout à fait chez moi dans la capitale du Temps !

*European Frequency and Time Forum (Young Scientist Award)